Suivi d'avancement des travaux routiers et hydrauliques au Maroc
- Au Maroc, les sommes dues au titre d'un marché à prix unitaires sont calculées sur les quantités réellement exécutées, d'où l'importance d'un métré fiable par lot.
- Le CCAG-T impose des attachements au moins mensuels et un décompte provisoire au moins une fois par mois, qui servent de base aux acomptes.
- La valeur acquise (PV, EV, AC) transforme les m³ et mètres linéaires en indicateurs de délai et de coût comparables d'un lot à l'autre.
- Les levés drone conviennent au contrôle des volumes de terrassement à condition de soigner les points de calage et les points de contrôle.
- Les heures moteur, le ralenti et les cycles de chargement des engins expliquent la plupart des écarts de cadence avant qu'ils deviennent des retards.
Pour suivre l'avancement d'un chantier routier ou hydraulique au Maroc, découpez le marché en lots mesurables (m³ de terrassement, mètres linéaires de conduite ou de canal, m² de chaussée), comparez chaque semaine le réalisé au planning approuvé, puis traduisez l'écart en valeur acquise. Les quantités doivent rester cohérentes avec les attachements mensuels exigés par le CCAG-T, et les données des engins (heures moteur, ralenti, cycles) servent à expliquer les écarts au maître d'ouvrage.
Que demande la réglementation marocaine pour mesurer l'avancement ?
Le décret n° 2-22-431 du 8 mars 2023 relatif aux marchés publics pose le principe de base pour les marchés à prix unitaires : les sommes dues sont calculées en appliquant les prix unitaires « aux quantités réellement exécutées » (article 14). Le même texte (article 16) renvoie aux cahiers des clauses administratives générales pour les règles d'exécution. Votre suivi d'avancement est donc d'abord un métré : chaque m³ et chaque mètre linéaire doit pouvoir être retrouvé, daté et justifié.
Attachements et décomptes provisoires : le rythme fixé par le CCAG-T
Le CCAG-T approuvé par le décret n° 2-14-394 du 13 mai 2016 fixe le calendrier :
- Article 61, attachements : établis par l'entrepreneur au fur et à mesure des travaux et au plus tard à la fin de chaque mois. L'entrepreneur a 15 jours pour les accepter ou formuler ses observations ; le maître d'ouvrage doit répondre par écrit sous 30 jours. La date de signature par l'agent chargé du suivi vaut date de constatation des prestations.
- Article 62, décomptes provisoires : établis à partir des attachements chaque fois que nécessaire et au moins une fois par mois. Ils servent de base au paiement des acomptes.
- Article 64 : retenue de garantie d'un dixième sur les acomptes, plafonnée à 7 % du montant initial du marché, augmenté le cas échéant des avenants, sauf disposition contraire du CPS.
- Article 67 : un retard de paiement de plus de quatre mois, compté à partir de la signature des attachements, permet à l'entrepreneur de demander l'ajournement des travaux.
Un attachement signé en retard décale donc toute la chaîne de paiement. Vérifiez dans le CPS de chaque marché la version du CCAG visée et les éventuelles dérogations.
Comment découper un chantier routier ou d'irrigation en lots mesurables ?
Reprenez la structure du bordereau des prix. Chaque prix devient un lot avec son unité, sa quantité marché et sa courbe prévisionnelle tirée du programme d'exécution, que l'article 41 du CCAG-T soumet à l'approbation du maître d'ouvrage (silence de 15 jours valant approbation).
Exemples de lots courants :
- Route : déblais et remblais (m³), couche de forme et couche de base (m³ ou m²), enrobés (t ou m²), ouvrages hydrauliques de traversée (unité), signalisation (ml).
- Irrigation et eau : tranchée (m³), pose de conduite par diamètre (ml), regards et vannes (unité), canal revêtu (ml), essais de pression par tronçon (ml).
Gardez la même unité de bout en bout : le planning, le rapport journalier et l'attachement doivent parler en m³ ou en ml, jamais en pourcentage estimé à vue.
Méthodes de mesure : laquelle pour quel lot ?
| Méthode | Ce qu'elle mesure | Fréquence réaliste | Limites |
|---|---|---|---|
| Topographie au sol (GNSS, station totale) | Profils, cotes, cubatures contradictoires | Hebdomadaire ou à l'attachement | Lente sur grandes surfaces |
| Levé drone photogrammétrique | Volumes de déblai, remblai, stocks | Hebdomadaire à mensuelle | Points de calage et contrôle nécessaires |
| Comptage de cycles de transport | m³ transportés (cycles × capacité) | Journalière | Foisonnement à corriger |
| Métré linéaire au chaînage | ml de conduite, canal, bordure | Journalière | Ne mesure pas la qualité |
| Heures moteur et ralenti des engins | Temps productif contre temps perdu | En continu | Explique la cadence, ne remplace pas le métré |
Prévu contre réalisé : comment calculer la valeur acquise (PV, EV, AC) ?
La valeur acquise est décrite dans le Practice Standard for Earned Value Management du PMI. Le guide de pratique EVM du CDC, qui s'appuie sur le PMBOK, en donne les définitions :
- PV (valeur planifiée) : coût budgété du travail prévu jusqu'à une date donnée.
- EV (valeur acquise) : coût budgété du travail réellement réalisé.
- AC (coût réel) : coûts réellement engagés pour réaliser ce travail.
- SV = EV − PV et SPI = EV / PV pour le délai ; CV = EV − AC et CPI = EV / AC pour le coût.
Sur un chantier à prix unitaires, l'EV se calcule simplement : quantités réalisées × prix du bordereau (ou coût budgété interne si vous suivez votre marge).
Exemple fictif. Lot terrassements : 100 000 m³ à 30 MAD/m³, soit 3 000 000 MAD. Fin du mois 4, le planning prévoyait 40 000 m³ : PV = 1 200 000 MAD. Le levé donne 32 000 m³ : EV = 960 000 MAD. Le coût réel (engins, gasoil, main-d'œuvre) atteint 1 100 000 MAD : AC = 1 100 000 MAD.
- SPI = 960 000 / 1 200 000 = 0,80 : le lot avance à 80 % du rythme prévu.
- CPI = 960 000 / 1 100 000 ≈ 0,87 : chaque dirham dépensé produit environ 0,87 MAD de travaux au prix du marché. Ces prix incluent les taxes, les frais généraux et la marge : AC doit donc couvrir le même périmètre. Si AC ne compte que les coûts directs de chantier, comme ici, la situation réelle est moins bonne que ce chiffre.
Ces deux chiffres disent qu'il y a un problème. Les données de terrain disent lequel.
Quand utiliser un drone pour mesurer les volumes de terrassement ?
La note technique FHWA-HIF-23-058 de l'administration fédérale américaine des routes indique que les petits drones servent à estimer et vérifier les quantités de terrassement, de stocks et de chaussée, et que ces estimations servent aux paiements. Elle cite une étude avec un écart de volume de 1 à 2 %, jugé dans les tolérances, et recommande d'implanter au moins cinq points de calage (GCP) répartis sur le site. La fiche EDC-5 de la FHWA mentionne aussi la vue d'ensemble de l'avancement et le calcul précis des quantités pour payer les entreprises.
Pour la précision, la référence est la norme ASPRS de précision positionnelle. Selon LIDAR Magazine, l'édition 2 exige au moins 30 points de contrôle pour une évaluation complète, des points deux fois plus précis que le produit testé, et un résultat exprimé en RMSE.
En pratique : un levé initial avant décapage, puis un levé à chaque attachement sur les zones actives, toujours avec la même grille de points de contrôle. Faites valider la méthode par le maître d'œuvre avant le premier attachement.
Que noter dans le rapport journalier de chantier ?
Le CCAG-T définit le journal de chantier comme un registre où sont consignés, avec date et signature, les opérations, incidents, ajournements et contrôles (article 3). Un rapport journalier utile à l'avancement contient au minimum :
- quantités réalisées par lot et par tronçon (PK ou chaînage) ;
- engins présents, heures travaillées, pannes et immobilisations ;
- effectifs par équipe ;
- météo et interruptions (pluie, coupure d'eau, accès riverains) ;
- ordres de service reçus et réserves du contrôle ;
- essais réalisés (compactage, pression).
Si ces lignes sont saisies chaque soir, l'attachement mensuel devient une somme vérifiable.
Comment les données machines expliquent-elles un retard ?
La norme ISO/TS 15143-3, issue du format AEMP, définit les données télématiques que les constructeurs mettent à disposition : position, heures de fonctionnement, carburant cumulé, heures de ralenti, nombre de chargements et charge utile cumulée. Croisées avec les m³ réalisés, elles séparent les causes :
- heures moteur normales, cycles en baisse : file d'attente au chargement ou piste dégradée ;
- heures moteur en baisse : panne, manque d'opérateur ou arrêt imposé ;
- ralenti élevé sur les camions : pelle sous-dimensionnée ou trop de camions affectés.
GeoChantier est conçu pour ce rôle. Encore en développement, il doit géolocaliser les engins (boîtiers GPS ou télématique constructeur), calculer le coût horaire par engin, par lot et par jour en MAD ou en CAD, avec litres de gasoil, heures moteur et ralenti, et mesurer l'avancement par lot face au planning (volumes déplacés, mètres linéaires posés, cycles de transport). Pour l'effet des files d'attente sur le MAD/m³, voir notre article sur le jumeau numérique et les cycles de transport.
Que veut voir le maître d'ouvrage dans le rapport d'avancement mensuel ?
- avancement par lot en quantité et en pourcentage du marché ;
- courbe prévu contre réalisé, avec SPI par lot critique ;
- écarts expliqués par des faits datés (journal, données engins, ordres de service) ;
- actions correctives chiffrées et nouvelle date de fin du lot ;
- concordance entre le rapport et le projet d'attachement.
Le CPI sert d'abord au pilotage interne de l'entreprise. Le SPI et l'explication datée des écarts servent aussi à documenter une éventuelle demande de prolongation de délai.
Et ailleurs en Afrique francophone ?
La méthode se transpose : métré par lot, attachements contradictoires, valeur acquise et justification par les données de terrain. Les délais, la périodicité et les formulaires dépendent du code des marchés et du CCAG de chaque pays ; reprenez-en les articles avant de figer votre modèle de rapport.
GeoChantier doit aussi proposer des recommandations chiffrées (réaffecter un engin, raccourcir une file au chargement, réduire le ralenti). La plateforme est en développement : pour rejoindre le programme pilote, parlez-nous de votre flotte. Une question sur votre chantier : contact@canalytics-group.com.
Questions fréquentes
À quelle fréquence faut-il établir les attachements sur un marché public de travaux au Maroc ?
Selon l'article 61 du CCAG-T de 2016, l'entrepreneur établit les attachements au fur et à mesure de l'avancement et au plus tard à la fin de chaque mois. Il dispose ensuite de 15 jours pour les accepter ou formuler ses observations, faute de quoi ils sont réputés acceptés. Vérifiez toujours si le CPS de votre marché prévoit une périodicité plus courte.
Quelle est la différence entre la valeur planifiée et la valeur acquise ?
La valeur planifiée (PV) est le coût budgété du travail prévu à une date donnée. La valeur acquise (EV) est le coût budgété du travail réellement réalisé à cette même date. Si vous deviez avoir posé 4 000 ml de conduite et n'en avez posé que 3 200, l'EV vaut 80 % de la PV et le lot est en retard.
Un levé drone suffit-il pour justifier des cubatures de terrassement ?
Il peut servir de base de métré si la précision est maîtrisée. La FHWA rapporte des écarts de volume de 1 à 2 % jugés acceptables dans une étude citée, et recommande au moins cinq points de calage répartis sur le site. Faites valider la méthode par le maître d'œuvre et inscrivez-la dans le CPS ou le PAQ avant de l'utiliser.
Quelles données machines sont utiles pour expliquer un retard ?
Les heures moteur, les heures de ralenti, le carburant consommé, la position et le nombre de cycles de chargement. Ces éléments figurent dans la norme ISO/TS 15143-3 sur les données télématiques des engins de terrassement. Croisés avec les m³ réalisés, ils montrent si la cadence chute à cause d'une panne, d'une file d'attente au chargement ou d'un manque de camions.
Ces méthodes s'appliquent-elles ailleurs en Afrique francophone ?
Les principes restent les mêmes : métré par lot, attachements contradictoires, comparaison prévu contre réalisé et justification des écarts. Les délais, la périodicité et les formulaires dépendent en revanche du code des marchés et du cahier des clauses administratives générales de chaque pays. Reprenez les articles applicables de votre CCAG avant de caler votre rapport.
Sources
- Décret n° 2-22-431 du 8 mars 2023 relatif aux marchés publics (Royaume du Maroc)
- CCAG-T, décret n° 2-14-394 du 13 mai 2016 (version anglaise)
- CDC Unified Process Practices Guide: Earned Value Management
- PMI, Practice Standard for Earned Value Management (aperçu ANSI)
- FHWA, Use of Small Unmanned Aircraft Systems for Construction Quantity Estimation (FHWA-HIF-23-058)
- FHWA, Every Day Counts EDC-5 : Unmanned Aerial Systems (fiche)
- LIDAR Magazine, The ASPRS Positional Accuracy Standards, Edition 2
- ISO/TS 15143-3, Engins de terrassement, échange de données de chantier, Partie 3 : données télématiques
Rejoignez le programme pilote GeoChantier
GeoChantier est en développement. Parlez-nous de votre flotte pour préparer le pilote.
Demander une démo